dimanche 15 juin 2014

Les Variants - Tome 1: Imposteur, de Suzanne Winnacker


— Un problème, Tessa?
Un problème? Plutôt des dizaines, oui! Centimètre par centimètre, je me rapproche du lit de la fille qui doit mourir pour que je prenne sa place. Le Commandant pose sa main sur mon épaule, mais ce n'est pas un contact qui me réconforte.
— C'est l'occasion de faire tes preuves, Tessa...
Je me détache aussitôt de lui et tends une main tremblante vers Madison.
— Excuse-moi.
Je ne m'attendais pas à ce que sa peau soit si froide. Elle est toujours en vie, je le sais, même si le Commandant prétend que son corps n'est plus qu'une coquille vide - et il a sûrement raison. D'ordinaire, quand je touche quelqu'un, il ou elle me transmet une forme d'énergie qui vient, d'une certaine façon, s'imprimer en moi; avec Madison pourtant, je ne perçois rien. Le néant absolu.



Rejetée par sa famille à cause de son don, Tessa est accueillie à bras ouverts par la Cellule des aptitudes extraordinaires, branche ultrasecrète du FBI qui recrute des jeunes doués de pouvoirs surnaturels. Après deux ans d'entraînement intense, elle maîtrise enfin le sien : la métamorphose.
Mais les choses sérieuses commencent vraiment pour Tessa lorsqu'un tueur en série sème la terreur dans une paisible ville de l'Oregon. Pour confondre le meurtrier, elle va devoir prendre les traits de Madison, l'une des victimes, laissée pour morte. Dans le rôle de la brebis sans défense, Tessa attend que le loup vienne parachever son oeuvre macabre...
Si elle déteste cette imposture au quotidien, incarner Madison offre aussi des compensations, celles d'une vie normale que Tessa n'a jamais connue. Au-delà des faux-semblants, des multiples suspects et du danger omniprésent, elle va découvrir l'amitié et une famille soudée. Mais comment se faire aimer pour soi quand on est dans la peau d'une autre ?

Mais encore...

J'aurai aimé dire que ce livre se différenciait par une thématique originale, si ce n'est qu'elle m'a trop fait souvent penser à l'agence X-men avec ce rassemblement de jeunes personnes aux dons tout à fait inadaptés à la vie en société. Néanmoins, j'ai trouvé l'histoire dans son ensemble plutôt correcte, si l'on met de côté un manque de détails sur certains aspects et une fin un peu trop précipitée.

En effet, si le spitch de départ est simple, il est dommage que l'auteure n'approfondisse pas assez son récit avec des détails concrets, peut-être jugés un peu trop "terre-à-terre", mais qui auraient donné une autre dimension  au personnage de Tessa. J'entends par là un peu plus de compassion en ce qui concerne le sort de la pauvre Madison. 

Par exemple, au moment où le Commandant annonce à Tessa qu'elle va devoir prendre la place de Madison, victime d'une agression, afin de retrouver le meurtrier, je me suis tout de suite demandée comment l'auteure allait se débrouiller avec cette équation, par rapport aux parents à qui l'on allait faire croire que leur fille allait survivre alors que cette dernière était en réalité à la morgue de l'hôpital... Je cherche sans doute trop la logique dans les histoires que je lis, j'attends en effet que tout soit cohérent. Alors quand on expédie rapidement les questions "logistiques" je trouve cela un peu trop facile. L'écrivain doit nous prouver qu'il contrôle toutes les ficelles de son récit, qu'il a tout prévu, qu'il a réponse à tout, et les réponses de Suzanne Winnacker ne m'ont pas convaincu, voire même complètement passées sous silence. 

Hormis un problème que je qualifierais de logistique, Imposteur reste un bon point de départ à cette série, les Variants, qui pourrait convaincre les adeptes de X-men avec des personnages aux dons inhabituels et une fin correcte qui vient boucler ce premier tome. 

L'histoire d'amour qui évolue dans ce livre ne prend ni trop de place, ni pas assez, alternant moment d'action et moment de réflexion, même si la solution sur l'identité du meurtrier m'est apparue avant la fin, je reste conciliante car la révélation en a été vraiment une pour les motifs. 

En somme, Imposteur est une histoire agréable à découvrir pour laquelle j'aurai aimé que l'auteure s'investisse davantage dans les détails logistiques et humains, mais l'enquête reste intéressante et la révélation finale cohérente. D'ailleurs, je pense me laisser convaincre par le tome 2 qui promet d'être plus introspectif. En effet, il semblerait que l'on en apprenne davantage sur le passé de Tessa qui va devoir sortir de sa "zone de confort". 

Hâte de voir ça! 

Publié aux Editions Robert Laffont, Collection R, mai 2014, 341 pages, 17,90€




samedi 14 juin 2014

Joyland, de Stephen King


"Au moins... je sais... qu'il y a quelque chose, m'a-t-il dit. Je l'ai vu... de mes yeux... cet été-là. Dans la Hutte Infernale." Je n'ai pas pris la peine de le corriger: je savais de quoi il parlait. 

"Tu... te souviens?
— Oui, je me souviens, je lui ai dit. 
— Mais je ne sais pas... ce quelque chose... si c'est bon ou mauvais." Sa voix d'agonisant s'est chargée de terreur. " Si tu avais vu sa façon... Dev, sa façon de tendre les mains."
Oui. 
Comme si elle appelait à l'aide. 



Les clowns vous ont toujours fait peur ?
L’atmosphère des fêtes foraines vous angoisse ?
Alors, un petit conseil : ne vous aventurez pas sur une grande roue un soir d’orage…
Mêlant suspense, terreur, nostalgie, émotion, un superbe King dans la lignée de Stand by me.

What is this joke?!

C'est au cours d'une balade à la Fnac que Chris est tombé nez à nez avec le dernier King, et qu'elle n'a pas été ma surprise quand j'ai lu la 4e de couverture qui laissait envisager un autre "Ça"! Mon sang n'a fait qu'un tour, il me fallait ce livre malgré mon traumatisme d'antan vis-à-vis des clowns, que je ne peux plus voir en peinture, cette histoire me tentait encore plus qu'une paire de Prada!

Par ailleurs, ce dernier coïncidait pile avec une envie de me coller une bonne frousse! 

Toutefois, quelle n'a pas été ma surprise quand je découvris, au fil des pages, que le synopsis proposé par Albin Michel (semble-t-il) ne correspondait en rien au contenu du livre.

200 pages plus loin sans nez rouge à l'horizon, j'ai commencé à m'interroger... Et Chris qui n'arrêtait pas de me demander comment était mon livre, tandis que mon impatience légendaire était mise à rude épreuve. Alors que je ne tombais toujours pas sur la scène qui ferait basculer le roman dans une ambiance lugubre, j'ai fini par comprendre qu'il y avait un souci et que l'intrigue tournait un peu en rond. Ainsi, j'ai été faire ce que je ne fais habituellement pas, de peur de me faire spolier: aller lire des chroniques d'autres lecteurs, et là j'ai compris... 

Par manque d'informations préalables sur ce livre et par une très mauvaise 4e de couverture, mes recherches m'ont permis de comprendre que ce livre ne se voulait en aucun cas terrifiant si ce n'est cette histoire de meurtre tragique dans le train fantôme. 

Malheureusement, quand la vérité a éclaté plus des 3/4 du livre y était déjà passé... Alors bien évidemment je ne peux pas dire que j'ai eu ce que je voulais, malgré une écriture toujours captivante et un récit qui n'en reste pas moins intéressant. Toujours est-il que je m'attendais à des clowns, à avoir peur, à une ambiance lugubre et qu'à la place j'ai eu le droit au journal de bord d'un jeune homme en pleine crise sentimentale après une rupture difficile, qui décide de passer ses vacances d'été à travailler dans une fête foraine. 

Malgré cette terrible découverte, je n'ai pas arrêté ma lecture. Tout d'abord parce qu'il m'en faut plus pour stopper un livre (à ce jour je n'en compte qu'un il me semble). Et surtout parce que l'histoire reste intéressante remise dans son contexte, en dehors du synopsis complètement à côté de la plaque. 

Alors certes la référence faite à "Stand by me" ne m'a même pas interpellé dans la mesure où je ne la connaissais pas (faute réparée à présent) et qui doit très certainement correspondre davantage à ce genre de roman "initiatique" qu'au terrifiant clown tueur d'enfants. 

En somme, je suis très déçue de ce livre dont le synopsis m'a laissé envisagé un horizon différent de ce à quoi j'ai eu  droit. Toutefois, hormis cette erreur grossière, Stephen King nous propose une histoire fort agréable entre récit de vie, enquête policière, le tout avec un brin de fantastique. Dommage que le synopsis n'en faisait pas davantage référence au lieu de parler angoisse et clowns, pensez-y la prochaine fois...

Publié aux Editions Albin Michel, avril 2014, 350 pages, 21,90€





vendredi 13 juin 2014

Le théorème du homard, de Graeme Simsion


" — Qu'est-ce que tu lui as dit? m'a demandé Gene. Nous déjeunions ensemble au Club Universitaire comme prévu.

— Je lui ai dit que je n'avais pas fait attention à son apparence. Je ne voulais pas qu'elle s'imagine que je la considère comme un objet.
— Bordel! La seule fois de ta vie où tu réfléchis avant de parler, c'est la seule fois où tu aurais mieux fait de t'abstenir.
J'étais incrédule. 
— J'aurais dû lui dire qu'elle était belle?
— Gagné! Et du premier coup, a lancé Gene, à tort puisque justement je n'avais pas gagné du premier coup. "


Peut-on trouver une épouse sur mesure ? 

Le professeur de génétique Don Tillman, génie des sciences mais absolument inapte à vivre en société, en est persuadé. Pour mener à bien son « Projet Épouse », Don met au point un questionnaire extrêmement détaillé lui permettant d'éliminer toutes les candidates qui ne répondraient pas à ses exigences. 

Et celles-ci sont nombreuses car pour Don, la femme idéale NE DOIT PAS : 

1. Fumer et boire.

2. Être végétarienne et aimer la glace à l'abricot.

3. Se lever après 6 heures.

Mais elle DOIT : 

1. Faire du sport.
2. Être ponctuelle.
3. Accepter le Système de Repas Normalisé qui prévoit du homard au dîner le mardi.


Une vraie petite pépite!

J'ai découvert ce livre grace à une review filmée sur la chaîne Youtube de JessLivraddict, et quand elle a comparé le personnage principal, Don, à celui de Sheldon dans Big Bang Theory, j'ai tout de suite voulu découvrir ce livre dont elle ne tarissait pas d'éloges! 

A mon tour de m'en faire mon propre avis, et je ne peux que confirmer les dires de Jess car ce livre est une petite merveille d'humour et de tendresse. Si, si, de tendresse je n'ai qu'une seule envie prendre Don sous mon aile pour l'aider à ouvrir un autre regard sur le monde qui l'entoure. 

Si vous connaissez déjà la série Big Bang Theory, il n'est pas nécessaire de vous présenter Sheldon ce scientifique très pragmatique, maniaque et handicapé social, et bien cela vous donne un bon aperçu du personnage principal du livre, qui rationalise toute sa vie comme on mène un projet d'étude. 

Don ne laisse rien au hasard, et rentabilise la moindre minute de son temps à ses recherches universitaires sur la génétique. Toutefois, ne souhaitant pas finir sa vie seul entre ses quatre murs, il décide de trouver une partenaire de vie idéale. Ainsi, quand il est question de "centrer ses recherches" sur la perle rare, il lui vient tout de suite à l'esprit de monter tout un questionnaire pour faire au préalable un tri sélectif. 

Comme on peut s'en douter, tout ne va pas se passer aussi facilement que Don l'espérait, puisque son ami, Gene, lui fait croiser la route de Rosie, une jeune personnage aux antipodes de son mode de vie et de sa façon de penser. Toutefois, Rosie est à la recherche de son père biologique depuis la mort de sa mère. Alors, si Don s'accorde sur le fait que Rosie ne correspond pas à son idéal féminin, il entreprend de l'aider dans ses recherches et tous deux se lancent dans "l'opération père" à défaut de chercher sa future épouse.

Au détour de cette opération, Rosie va parvenir à ouvrir les yeux de Don sur le monde et les personnes qui l'entoure, et casser ses habitudes et son planning drastique. 

J'ai très souvent ri des observations de Don, notamment quand ce dernier tente d'expliquer à un de ses élèves la différence entre "évolution" et "créationnisme" sans jamais connaitre le sens de la demie mesure, persuadé en tant que scientifique de pouvoir découvrir la vérité absolue. Pour lui tout n'est que logique et démonstration scientifique, alors il va avoir tendance à s'embourber quand ses sentiments vont vouloir prendre le pas sur sa raison. 

Si je parle beaucoup de Don, étant aussi le narrateur de l'histoire, Rosie, avec sa personnalité complètement décalée, n'est pas en reste dans cette histoire, et nous propose de bons moments entre son laisser vivre et la rigidité de Don. 

Seul léger bémol, le récit qui s'essouffle un peu vers la fin avec cette "opération père" qui prend trop d'importance alors que j'aurai aimé lire davantage de situations cocasses sur le maelstrom d'émotions qui secoue notre cher Don. 

En somme si les personnages à la "Sheldon" vous font mourir de rire, venez en découvrir un qui tombe amoureux de son opposé féminin. Un livre que je vous recommande pour vos prochaines vacances d'été!

Publié aux Editions NiL, en mars 2014, 384 pages, 20€





jeudi 12 juin 2014

Lucides, de Adrienne Stoltz & Ron Bass




" Et puis une panique froide s'empare de moi à l'idée de ces rêves que je fais. C'est de la folie, je deviens folle, et c'est Maggy qui voit un psy, c'est ça le plus dingue. Ma grande crainte, c'est qu'un jour je sois normale, que je m'endorme, et que Maggie ne soit pas là. Je ne ferais plus que des rêves normaux, je dormirais bien la nuit. Et elle aurait disparu. 
Mais ce qui me fait le plus peur — et j'ai beau me dire et me répéter que non, ça n'arrivera jamais, cette seule idée me glace les sangs — c'est qu'un jour Maggie s'endorme, et que ce soit moi qui disparaisse."





Sloane, première de sa classe, coule une existence paisible dans une petite ville côtière des États-Unis. Maggie, jeune fille indépendante, entame une carrière d'actrice prometteuse à New York. Tout les sépare, hormis une chose : en dormant, chacune rêve et vit la vie de l'autre jusque dans ses secrets les plus intimes. Jamais encore leurs chemins ne s'étaient croisés. Jusqu'au jour ou Sloane tombe amoureuse d'un garçon. Vient ensuite le tour de Maggie... Laquelle est réelle ? Laquelle n'est qu'un songe ? Sloane et Maggie vont devoir trouver une réponse, sinon elles risquent de sombrer dans la folie. Pour l'une d'elles, cela signifiera tout abandonner : son quotidien, son amour, elle-même ; juste au moment précis ou elle s'était découvert une raison de vivre.

Désopilant...

Plusieurs jours après avoir refermé ce livre et même après l'avoir de nouveau feuilleté, ou relu quelques passages, notamment le début, je reste toujours perplexe en ce qui concerne ce livre...

Il est évident que la magie entre cette histoire de double identité spirituelle n'a pas opéré sur moi, me laissant sur le côté plus d'une fois au lieu de m'emporter dans ces étranges rêves. Maggy et Sloane, toutes deux adolescentes, entretiennent une sorte de lien mystique qui les relient via leurs rêves. En effet, quand l'une se lève pour aller à l'école et vivre sa vie de lycéenne, l'autre peut la contempler dans ses rêves, et vice versa. 

Ce concept mystique m'a tout de suite subjugué, je voulais savoir qu'elle était la nature réelle de ce lien et si les deux jeunes filles étaient bien réelles ou si l'une n'était pas le fruit de l'imagination de l'autre. 

Et bien que les vies des deux jeunes filles mises à part restent tout à fait captivantes, je n'ai pas accroché avec le rythme du récit, trop long et trop lent à mon goût. Et si je devais émettre une préférence de départ avant la révélation finale, je dirai que j'ai plus apprécié, si je puis dire, la vie de Sloane à celle de Maggy.

D'ailleurs, en parlant de révélation finale, je ne saurais dire si j'ai été réellement étonnée ou simplement déçue d'être restée trop dans le vague. Pourtant ce genre de fin peut parfois me satisfaire si l'auteur parvient à bien doser révélation et imagination. Mais comme le livre m'a trop souvent ennuyé, je crois que j'avais plus hâte de le refermer que de connaitre le sort final des deux filles. 

En somme, si le thème était tentant, l'histoire ne m'a pas captivé en dehors de l'histoire personnelle de chacune des filles qui m'a davantage intéressée que la nature exacte du lien qui les unit. Après, il est difficile de faire un avis clair avec ce genre de livre pour ne pas gâcher la lecture aux futurs lecteurs. 

Publié aux Editions Robert Laffont, Collection R, en avril 2014, 375 pages, 18,90€




mercredi 11 juin 2014

Belle époque, de Elizabeth Ross


— Cette saison, ma chère Maude, vous serez dans le secret des dieux, si je puis dire... vous pouvez m'être d'une grande aide en devenant mes yeux et mes oreilles. Il n'existe rien de plus inoffensif qu'une fille au physique ingrat. Les gens ne remarqueront même pas votre présence. 
Elle repose la brosse, qui claque furieusement sur sa coiffeuse. 
— A qui Isabelle adresse-t-elle la parole, avec qui danse-t-elle, qui regarde-t-elle? Quels prétendants lui témoignent de l'intérêt, qui cherche à attirer son attention? C'est cela qui m'intéresse, ajoute-t-elle d'un ton presque féroce. Ma fille se referme comme une huître quand je tente de d'aborder le sujet. Vous êtes vive d'esprit, Maude. Je parie que rien ne vous échappe malgré vos yeux de bovins, conclut-elle, appliquant quelques gouttes de parfum au creux de son cou.

« Louez un faire-valoir, vous en deviendrez d'emblée plus attirante. »

Lorsque Maude Pichon s'enfuit de sa Bretagne natale pour échapper à un mariage dont elle ne veut pas, elle monte à Paris, ville-lumière en ébullition à la veille de l'exposition universelle de 1889. Hélas, ses illusions romantiques s'y évanouissent aussi rapidement que ses maigres économies. Elle est désespérément à la recherche d'un emploi quand elle tombe sur une petite annonce inhabituelle : « On demande de jeunes filles laides pour faire un ouvrage facile. » L'Agence Durandeau propose en effet à ses clients un service unique en son genre : le repoussoir. Son slogan ? « Louez un faire-valoir, vous en deviendrez d'emblée plus attirante. » Étranglée par la misère, Maude postule...

Excellent! 

J'ai beaucoup aimé découvrir cette histoire qui nous plonge dans le Paris fin XIXe, avec cette suite imaginée de la nouvelle d'Emile Zola, les Repoussoirs. En effet, à partir de cette nouvelle, Elizabeth Ross s'est plu à décrire le quotidien d'une de ses filles employées comme repoussoirs, soit comme faire-valoir pour promouvoir la beauté d'une autre. 

" — C'est un art subtil que celui de repoussoir, poursuit doctement Durandeau. il s'agit en premier lieu de se fondre dans le décor, de se faire passer pour une dame de la bonne société, puis d'inspirer du dégoût aux autres et de mettre en valeur la cliente par ce moyen."

Ainsi nous suivons Maude Pichon, fraichement débarquée de sa Bretagne natale afin d'échapper à un mariage qu'elle ne veut pas et d'une vie qui ne lui convient pas. Comme vous pouvez le constater, notre jeune héroïne ne manque pas de culot quand il s'agit de prendre des décisions. Toutefois, la vie parisienne est loin du rêve qu'elle avait en tête, et son petit salaire de blanchisseuse (joli clin d'œil aux œuvres de Zola au passage), ne parvient pas à la nourrir et à la loger. Heureusement, elle finit par trouver l'annonce du siècle, du moins le pense-t-elle...

ON DEMANDE
Des jeunes femmes 
pour faire un ouvrage facile. 

Bienséance respectée. 

Présentez-vous en personne 
à l'agence Durandeau,
27, avenue de l'Opéra, Paris. 

Une fois encore, Maude déchante rapidement quand elle comprend ce qui se cache réellement derrière cette annonce, et plus encore au moment où elle est retenue grâce à son "visage insignifiant, parfaitement terne, mais en toute discrétion [...] ce nez en trompette; ces taches de rousseur et ce teint fané ; et ce regard éteint - bovin dans l'expression".

Alors que son orgueil s'étiole à mesure que sa bourse s'allège dangereusement, Maude finit par retourner à l'Agence le moral en berne, mais prête à tout pour parvenir à se faire une place dans la société parisienne et c'est à ce moment que l'aventure commence pour elle. 

A côté de toutes les questions que soulève le sujet de la beauté et de ses canons, qui reste très subjectif, l'auteure nous brosse également un portrait relativement juste de Paris où nous suivons en arrière plan la construction de la Tour Eiffel, ainsi que sa société dont les mentalités changent à mesure qu'un nouveau siècle pointe le bout de son nez et que l'on qualifiera plus tard de "Belle époque". 

En somme c'est un peu pour toutes ses raisons que j'ai beaucoup apprécié cette histoire, de par son point de départ avec cette suite imaginée de la nouvelle d'Emile Zola, mais aussi avec l'importance de l'Histoire dans ce livre, mais aussi grâce aux personnages mis en scène ainsi qu'à la relation qui va se nouer progressivement entre Maude et Isabelle, que l'on est loin d'imaginer au départ. 

Publié aux Editions Robert Laffont, dans la Collection R, en novembre 2013, 418 pages, 17,90€ 





mardi 10 juin 2014

La légende de Kell - Tome 1 : Les vampires d'airain, de Andy Remic












Les terres de Falanor sont attaquées par une armée de guerriers albinos. Un petit groupe de survivants s'échappe pour prévenir le roi Léandric de l'invasion. Composé du légendaire héros Kell, de sa petite-fille Nienna et de son amie Katrina, ainsi que de Saark, l'ancien champion du roi, disgracié après son aventure avec la reine. Faisant route vers le sud, le groupe est assailli de tous côtés par des créations monstrueuses qui drainent le sang de leur victime pour le ramener à leurs maîtres, des créatures, mi-vampire, mi-machine. Ce sang est raffiné pour devenir de l'huile-de-sang, qui est pour eux semblable à un combustible alimentant leur corps mécanique et leur donnant l'immortalité. Mais alors que Falanor tente de repousser l'invasion, Nienna découvre la vérité sur son grand-père Kell: la légende qui fait de lui un héros semble bien plus belle que la réalité...


J'ai voulu lire ce livre dès que j'ai vu la couverture à la Fnac. Le synopsis m'avait totalement emballé et j'avais noté dans ma wish list "Tome 1 de la Légende de Kell". Malheureusement, la chute d'Eclipse m'avait un peu déstabilisé, car je ne trouvais plus mon livre dans les librairies...

Après avoir lutté ce qu'il fallait, (sortie en 2011) j'ai pu obtenir cette histoire magnifique. Dès que j'ai ouvert le roman je ne l'ai plus lâché, j'ai totalement adoré cette histoire alliant mécanique, vampire, survie... On suit à la fois une créature vampirique bannit de son monde, et un vieux guerrier du nom de Kell, qui ne souhaite que protéger sa nièce.
L'auteur n'hésite pas à montrer les horreurs de la guerre, que ce soit le sang, les boyaux ou les os en ce qui concerne les batailles ou les viols en ce qui concerne les "à-côtés". A travers une histoire pleine de rebondissements et de surprises l'auteur nous emmène à travers son monde et nous offre le plaisir de découvrir ses mots.

Un livre de pure fantasy comme il y en a peu, je le recommande vivement les adeptes du genre, ainsi qu'aux néophytes, pour vous aventurer sur ses côtés scabreux et découvrir une autre vision du monde.

Le seul bémol provient de la traduction, il manque pas mal de mots dans cet ouvrage...

Publié aux Éditions Éclipse, 2011, 376 pages, 14.00€


lundi 9 juin 2014

Les sœurs Andreas, de Eleanor Brown




Nous retournâmes dans le giron familial parce que nous étions des ratées. Bien évidemment, aucune d’entre nous ne l’admit ainsi, ni dans un premier temps, ni vis-à-vis d’elle-même, et sûrement pas vis-à-vis de qui que ce soit d’autre. Nous prétendîmes que nous revenions à la maison parce que notre mère était malade, parce que nous avions besoin d’une pause, d’une halte momentanée avant de repartir à la poursuite du Grand But mais la vérité était que nous avions échoué, et plutôt que de le laisser voir à quiconque, nous nous inventâmes des alibis et de belles excuses, dans lesquels nous nous drapâmes comme dans une cape destinée à combattre la froide vérité. Première étape: le déni.

Trois sœurs, élevées au milieu des livres par un père excentrique, obsédé par Shakespeare au point de les avoir baptisées de prénoms d’héroïnes du célèbre dramaturge, rentrent au bercail pour s’occuper de leur mère malade. Mais qu’ont véritablement en commun l’aînée si timide et casanière, la séduisante et mystérieuse cadette, et la benjamine bohème ? Pourquoi Rose ne parvient-elle pas à abandonner sa ville natale pour rejoindre son fiancé qui a décroché un poste de professeur en Angleterre ? Pourquoi Bean a-t-elle quitté si précipitamment New York pour revenir s’installer à Barnwell, la petite ville universitaire qu’elle déteste tant ? Et pourquoi Cordy réapparaît-elle soudainement après avoir erré pendant des années, enchaînant petits boulots et aventures sans lendemain ? Au cours de ce long été qu’elles passeront toutes ensemble à Barnwell, les filles Andreas découvriront que leurs sœurs, leurs parents et leur petite ville natale pourraient leur offrir bien plus qu’elles ne croient…


Et là... c'est le drame!
Blague à part, je n'ai pris aucun plaisir avec cette lecture, qui pourtant au niveau de sa thématique, se rapprochait de mon précédent livre : "Dans la peau de Meryl Streep". 

Je ne me suis attachée à aucune des trois jeunes femmes, et encore moins à leurs tracas que j'ai trouvé mal exploités, ce qui a rendu ma lecture pénible et longue. Toutefois, je reconnais que l'aspect psychologique de chacune des trois filles, ainsi que leur éducation et de leur sphère familial, a eu l'avantage d'être bien mit en avant et de façon pertinente, d'où le rat supplémentaire (notation). Mais en dehors de cette particularité, le reste m'a laissé de glace, et mon empathie ne s'est à aucun moment déclenchée. 

Hormis la réflexion qui entoure le récit, je souligne aussi l'originalité de la plume de l'auteur, qui si elle m'a surprise et un peu déstabilisée au départ, a donné du charme au livre, une qualité pas des moindres certes, mais qui n'a pas non plus changé radicalement mon avis, puisque l'ennui a été présent malheureusement.

Pourquoi les sœurs Andreas n'ont pas gagné mon intérêt ? Leur destinée à chacune d'elle, loin de faire l'apologie des bonnes personnes je n'ai pas été convaincue par les raisons qui font que Bean escroque son employeur, ni été séduite par la cadette bohème en quête de (je ne sais toujours pas trop au final), et encore Rose, dont le rôle manquait cruellement de profondeur, l'ainée qui se veut indispensable est un peu trop commun à mon sens.

En somme, une narration hors du commun avec cette écriture du "nous" qui rassemble les pensées de ces trois sœurs, le tout avec une psychologie très bien exploitée et mise en avant de façon pertinente, mais qui n'a pas rendu ma lecture agréable compte tenu d'un manque réel d'intérêt pour le destin de ces trois femmes. 

Publié aux Editions Marabout, le 6 juin 2012, 456 pages, 19,90€


dimanche 8 juin 2014

Les opéras de l'espace, de Laurent Genefort




_ En quoi croyez-vous, dans ce cas?
_ Une question à laquelle je serais bien embarrassé de répondre, mais qui m'éclaire sur vous. On ne m'a jamais appris à croire qu'en moi, qui était, je crois, une personne de trop. La suite des évènements m'a détrompé en me ravalant au rang du commun des mortels. A vous, je peux vous le dire: j'ai appris la faiblesse, le vertige et la peur de mourir... et c'est depuis peu que je vous suis devenu à jamais incompréhensible.








Axelkahn est un ténor hors du commun, presque un dieu vivant. Ses interprétations des airs d’opéras les plus périlleux sont des instants volés à l’éternité. Tout cela grâce aux biopuces que lui ont implantées les mystérieux Yuweh. Jusqu’au jour où ces greffes tombent en panne, renvoyant Axelkahn à sa condition de simple mortel. Il ne lui reste plus qu’à tenter de retrouver un Yuweh, dont la légende raconte qu’il aurait disparu au cœur des Bulbes Griffith, gigantesque artefact spatial composé de stations reliées entre elles par des filins créant une inextricable toile d’araignée. Il forme donc une troupe de théâtre aussi hétéroclite qu’attachante et se lance en quête d’une hypothétique guérison.

De l’aventure, la description d’un monde hors du commun et… du théâtre ! Rarement space opera n’aura si bien porté son nom.

Moi qui ne suis pas très fana de SF, pour dire, c'est le premier roman du genre que je lisais! Non pas par peur d'être déçu, mais parce que cet univers ne m'attire tout simplement pas, un peu trop éloigné de mes sentiers battus. Bref, j'ai beaucoup apprécié cette petite histoire.

L'auteur nous emmène suivre la décadence d'un chanteur d'opéra qui finit par fonder une petite troupe de théâtre. Axelkahn se voit contraint d'abandonner son train de vie lorsque sa voie qui a été créée artificielement par une autre espèce s'éteint. S'ensuit alors la recherche tacite de ces individus hors du commun dont un serait resté proche de l'habitat de notre chanteur. Nous pouvons assister à toutes les étapes de la construction de la troupe, lorsque le personnage principal se rend dans une zone reculée de l'espace jusqu'au but de sa mission. 

Cette histoire a plus une vocation psychologique sur la volonté et la survie. Effectivement, nous suivons les acteurs qui se transportent de villes en villes, non pas par un quelconque procédé de téléportation, mais sur une espèce de train soutenu par un câble.

La délicatesse de l'histoire nous emmène sans ennui à poursuivre notre lecture par le périple des acteurs et nous raconte ainsi une belle petite histoire que je recommanderai à n'importe qui souhaitant s'isoler et vagabonder.

Les seuls points négatifs de l'histoire qui n'en sont pas directement car il provient de la traduction sont l'inversion de certains noms de personnages (Truc parle à la place de machin) et des fautes redondantes. 

Un très beau récit à découvrir au plus vite.


Paru aux Éditions Gallimard, Folio SF, 415 pages, 7.99€, 27 février 2014

Dans la peau de Meryl Streep, de Mia March




Aux trois quarts du film, Lolly appuya sur la touche "pause" et se tamponna les yeux.
— Cette scène, je m'en souviens par cœur. Ce moment où elle a tout perdu et explique que quand tout va très mal, quand elle sent que trop, c'est trop, elle se remémore son bonheur passé... Et que, quand elle se se sent à bout de résistance, elle tient un petit moment de plus, et elle sait alors qu'elle peut tout endurer... C'est tellement vrai."
Elle appuya sur "lecture".
June renifla.
— Désolée, je pleure comme une madeleine.
— Moi aussi! dit Isabel en lui piquant un mouchoir.

Le mari d'Isabel la trompe. June a promis à son fils qu'elle retrouverait son père, qu'il n'a jamais connu. Kat ne sait pas si elle doit accepter la proposition de mariage de son meilleur ami de toujours... Ces trois femmes à la vie compliquée se réunissent chaque semaine pour regarder un DVD ensemble, quand arrive le mois consacré aux films de Meryl Streep. Sans le savoir, l'actrice va apporter les réponses à leurs problèmes : elles vont commencer à parler, à s'ouvrir et à remettre en question toutes leurs certitudes sur l'amour, la vie et elles-mêmes pour, peut-être enfin, trouver leur happy end !


Alors, si je ne suis pas une fan inconditionnelle de Meryl Streep, et que je n'ai pas , à l'heure actuelle, vu toute sa filmographie, ce roman m'a intrigué dès sa sortie à cause de son titre et de sa couverture façon plaquette de comprimés sur lesquels sont marqués certains films de cette même actrice. En survolant les premières pages, j'ai senti que ce livre sortirait un peu de mon cadre littéraire du moment. Du coup, ni une ni deux, je me suis emparée du premier exemplaire disponible pour m'y attaquer. 

Pour apprécier ce livre, il ne vous sera pas indispensable de vous coller devant tous les films de l'actrice, même si en le refermant j'ai eu envie de les découvrir pour certains. En effet, ici Meryl Streep n'est qu'un prétexte pour permettre aux personnages féminins de comprendre leurs différents problèmes, et de mettre des mots sur des situations qui leur sont bien concrètes.

Isabel, June et Kat, sœurs et cousines de leur état, n'ont pas réussi à tisser des liens forts durant leur enfance, et ce malgré un drame qui aurait pu ou dû les rapprocher. Ainsi, sous le chaperonnage de leur tante/mère, Lolly, les trois filles vont évoluer dans des sphères différentes, loin les unes des autres, ne répondant présentes que pour les obligations familiales. Du coup, quand Lolly , tenancière d'une maison d'hôte, réclame leur présence en pleine période estivale, Isabel et June s'y rendent, bon gré mal gré, persuadées qu'il est question de vendre cette fameuse maison/gîte, endroit dans lequel elles ont grandi aux côtés de leur cousine Kat. 

Comme vous pourrez le constater par vous-mêmes si jamais vous désirez découvrir ce livre, les raisons de Lolly sont toutes autres qu'une simple question de "vendre le patrimoine", et ce nouveau revirement de situation va contribuer à rapprocher ces quatre femmes que tout oppose mais que le destin va rassembler pour mieux les aider.

J'ai eu l'honneur de découvrir une histoire bouleversante et riche en émotions, qui m'a laissé le sourire aux lèvres malgré tous les coups durs que cette famille subit. Si ce livre peut parfois revêtir l'étiquette de "chick-lit", n'en croyez pas une miette, car nous sommes bien loin de l'univers "léger et drôle" de ce genre littéraire. Nos quatre héroïnes sont confrontées à la triste réalité, et l'auteure n'enjolive pas le décor juste pour rester dans le "tout est bien qui fini bien". 

En somme, une belle histoire sur la famille et ses liens, avec son lot de remords et regrets qui peuvent ruiner une vie, si l'on ne parvient pas à s'en détacher ou du moins à faire le tri. Une histoire avec des émotions authentiques, avec une plume qui ne cherche pas à enjoliver et encore moins à tricher face à la réalité. 

Publié aux éditions Presse de la Cité, le 11 octobre 2012, 368 pages, 19,50€